Robert Herbin est décédé lundi 27 avril 2020 à l’hôpital de Saint-Étienne à l’âge de 81 ans. Joueur puis entraîneur légendaire des Verts, il parlait peu de lui. Voici six anecdotes méconnues sur ce sportif hors du commun.

1- Des débuts sur la touche

Robert Herbin a commencé sa carrière de joueur à Saint-Étienne, en 1957, par… deux mois de suspension. En effet, son transfert effectué pour 2,5 millions de francs était cinq fois supérieur au montant alors autorisé. Alors âgé de 18 ans, il avait été acheté au club de Nice, où il avait été repéré par Pierre Garonnaire qui deviendra son recruteur et son double quand il sera nommé entraîneur de l’ASSE.

2- La victoire et la dignité

En 1976, lors d’un quart de finale de Coupe d’Europe, quand Dominique Rocheteau marque le troisième but contre le Dynamo de Kiev, au terme d’un match à rebondissements et alors que les joueurs sont épuisés, le stade entier se lève pour crier sa joie et sa libération… sauf un homme : Robert Herbin. L’entraîneur garde les mains dans ses poches, sans bouger, légitimant plus que jamais son surnom de « sphinx ». Quand on l’interrogea ensuite sur son attitude, il déclara : « Il faut savoir se montrer digne en toutes circonstances et penser à l’adversaire. » (Le Monde, 11/01/1983)

3- Influencé par la musique classique

Le père de Robert Herbin avait été 1er prix de trombone au Conservatoire de Paris et professeur au Conservatoire de Nice. Après avoir été gravement blessé au genou pendant la coupe du monde de 1966 par l’attaquant anglais Nobby Stiles, il offrit à son fils la 2e symphonie de Mahler, « Résurrection ». Compositeur que Robert Herbin ne cessera d’écouter et qui deviendra son préféré, au côté de Wagner et de Brel pour la chanson.

Il aimait dire aussi que c’est en écoutant son père faire ses gammes chaque matin qu’il a pris conscience de la nécessité d’être perfectionniste et d’organiser des séances d’entraînement répétitives : «Le geste, il faut le répéter mille fois pour le posséder parfaitement et le restituer au bon moment.» (Le Progrès, 09/12/2009)

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4- Le seul entraîneur-buteur de France

Le 3 juin 1975, alors qu’il entraîne l’ASSE depuis trois ans et que son équipe est assurée d’être à nouveau championne de France, les Verts affrontent l’équipe de Troyes à Geoffroy-Guichard pour la dernière journée du championnat. À la façon d’une boutade, ses joueurs interpellent Robert Herbin, alors âgé de 36 ans, en lui suggérant de jouer le match sur le terrain. Ce dernier relève le défi : il jouera les 90 minutes et se paiera le luxe de marquer un penalty. Ce qui fait de lui le seul entraîneur en exercice à avoir marqué un but lors d’un match officiel du championnat de France.

5- Maison saccagée, chiens drogués

Au début des années 1980, l’affaire de la « caisse noire » crée des rivalités très fortes dans le club et l’opposent au président Roger Rocher, qui est adulé par la population. Quand ce dernier finit par démissionner en mai 1982, Robert Herbin devient la cible de comportements violents : il est sifflé lors de ses apparitions au stade, sa maison est saccagée et ses chiens – auxquels chacun sait à Saint-Étienne qu’il est très attaché – sont drogués. (Le Monde, 11/01/1983)

6- Interdit d’entrée à l’Étrat pour ses chroniques

Sur le site internet du Progrès, un ancien employé de la sécurité du Stade Geoffroy-Guichard révèle que pendant la saison 2007-2008, quand l’ASSE était entraînée par Laurent Roussey, la présidence du club donna l’ordre d’interdire l’entrée du Centre d’entraînement de l’Étrat à Robert Herbin. En cause, des chroniques d’après-match écrites par ce dernier dans Le Progrès qui avaient déplu au club. L’employé du stade raconte :

« Un grand moment de solitude au moment de lui annoncer, ce qu’il a accepté avec calme, surtout que le hasard a voulu que l’entraîneur du moment sorte du Centre en même temps…! Une petite explication entre les deux hommes, sans cri et énervement, et chacun est parti de son côté. « Roby », que je voyais régulièrement par la suite au stade et au Centre, ne m’en a jamais voulu et l’on se saluait tout a fait cordialement. C’était un Grand Monsieur. »