Après s’être approprié les vers de mystiques chrétiens pendant les fêtes de Pâques, le maire de Saint-Étienne, Gaël Perdriau (LR), se voit dans les habits du général de Gaulle.

Dans une tribune publiée sur le site Atlantico et titrée, sans grande originalité, « Covid-19 : le jour d’Après », le maire (LR) de Saint-Étienne, Gaël Perdriau, dénonce violemment le gouvernement et le chef de l’État actuels – « un pouvoir exécutif aveuglé par sa propre morgue » – et compare implicitement Emmanuel Macron au Maréchal Pétain. Il dresse en effet un parallèle entre 2020 et 1940 : « jamais la France, depuis “l’Étrange défaite” de 1940, n’aura connu pareille humiliation ».

Dans son élan, il file la métaphore et fait un rapprochement entre les Français qui ont quitté Paris pour affronter le confinement à la campagne et ceux qui fuyaient les chars allemands : « Les images des combattants des temps actuels, les soignants, livrant une lutte héroïque, avec parfois de faibles moyens, contre un ennemi invisible, viennent s’entrechoquer avec celles des gens fuyant les villes. Le sépia des images de mai 1940 cède le pas à l’instantanéité colorée de celles saisies par les téléphones portables. »

La grande récup’ de la Résistance

À plusieurs reprises, il en appelle à la figure du général de Gaulle : « Cessons de nous aveugler et plaçons, comme le voulait le Général de Gaulle, l’homme au centre du système », « il faudra définir une nouvelle dynamique, comme le fit le Général de Gaulle, avec le programme du Conseil National de la Résistance au lendemain de la guerre ». Cette dernière référence a été utilisée également par Emmanuel Macron dans son « Adresse aux Français » du lundi 13 avril, en évoquant « les jours heureux », nom donné au programme du Conseil National de la Résistance.

Or, l’un des axes de cette tribune, outre l’autocélébration (« la nouvelle France […] devra, tant au niveau national que local, s’employer à relever trois défis incontournables, comme je l’ai fait à Saint-Étienne »), est la remise en cause d’un État centralisateur et jacobin au profit d’une sorte de cogestion des affaires publiques entre l’État, les élus locaux et la société civile : « L’État centralisé montre ses limites, un modèle girondin doit être adopté ». Ce qui correspond à quelques nuances près à l’exact contraire du gaullisme…

Burn out à Sainté ?

Emporté par son emphase, le maire de Saint-Étienne multiplie par ailleurs les références les plus disparates, sans les développer ou les expliciter : « trahison des clercs », « déclaration de Philadelphie », « jardiniers zen », Paul Valéry, Bertolt Brecht… Ce qui donne à ce texte une allure légèrement indigeste de « kebab-sauce blanche-salade-tomate-oignon » du discours politique.

Le virus de la métaphore déplacée semble avoir également touché son entourage. Le 12 avril, l’une de ses collaboratrices à la Métropole de Saint-Étienne publiait sur les réseaux sociaux un texte dans lequel elle expliquait qu’après avoir récemment lu Si c’est un homme, de Primo Levi, elle avait aussitôt pensé, en refermant les pages, à comparer les collaborateurs des nazis aux personnes qui ne respectent pas le confinement :

« Ces cris trouvent une résonance particulière aujourd’hui, alors que des comportements égoïstes, individualistes et irresponsables caractérisent hélas notre quotidien. Primo Levi nous met en garde : l’infâme machinerie de destruction nazie a été rendu possible non pas par des milliers de « monstres », mais par des milliers d’«hommes ordinaires » qui n’ont pas su se révolter[…] J’ai en tête les images tristement célèbres à présent des Buttes Chaumont, les barbecues sauvages, la niçoise en train de bronzer sur sa serviette de bain en pleine période de confinement… »

Certains spécialistes évoquent, comme effet secondaire du confinement, le risque de burn out. La mairie de Saint-Étienne aurait peut-être intérêt à se pencher sur le sujet…