Avec 46,88 % des voix, le maire sortant Gaël Perdriau (LR), est, avec le taux d’abstention de 68%, le grand gagnant du premier tour des élections municipales à Saint-Étienne.

Avec un taux de participation de 32 % (28 182 votants), Saint-Étienne établit un record d’abstention. Elle est cependant dans la norme nationale sur le plan de la baisse de participation, d’environ 20%. En effet, ses taux d’abstention précédents au premier tour des élections municipales étaient déjà plus élevés que la moyenne : 45,58 % en 2008, contre 38,95 % au niveau national, et 49,28 % en 2014, contre 36,45 % au niveau national (voir tableau ci-dessous ).

Les premières analyses tendraient à démontrer que tous les milieux socio-culturels et tous les électorats ont été touchés par cette hausse de l’abstention. On peut donc considérer, jusqu’à preuve du contraire, que les résultats sont un reflet à peu près fidèle de la réalité. Or les résultats, à Saint-Étienne, sont sans appel et marquent deux fortes tendances.

Pas d’effet de Steel

D’une part, le maire sortant, Gaël Perdriau (LR), fait un score qui frise la victoire par KO au premier tour avec 46,88 % (12 984 voix). C’est le score le plus élevé réalisé par un candidat au premier tour des municipales à Saint-Étienne depuis cinquante ans. Les critiques vives et unanimes des derniers jours de campagne contre le maire à propos du projet de centre commercial Steel, qui verra le jour en mai prochain, n’ont donc eu aucun impact. Peut-être étaient elles arrivées un peu tard : il n’y a pas eu de véritable campagne organisée par l’opposition ces dernières années contre ce projet, que ce soit sur un plan judiciaire ou de mobilisation citoyenne, contrairement à ce qui s’est passé dans d’autres villes (Tournus, Europacity etc.).

D’autre part, l’opposition, dans toutes ses composantes, subit un revers cinglant. La liste Saint-Étienne Demain, menée par Pierrick Courbon (PS), arrivée en deuxième position avec 21,30 % (5901 voix), établit le plus mauvais score du PS à un premier tour des municipales à Saint-Étienne depuis plus de vingt ans : lors des trois derniers scrutins municipaux, il avait dépassé les 30 %. Il a donc été assez surprenant de lire le commentaire de Régis Juanico, député Génération.s et 3e sur la liste, se félicitant d’un « résultat exceptionnel » qui « traduit une très belle dynamique de campagne »… Pierrick Courbon de son côté a été plus réaliste et lucide en déclarant que Gaël Perdriau avait « une belle avance » et que « la partie est loin d’être gagnée ».

Le RN aux oubliettes

Autre revers cinglant pour la candidate du Rassemblement national, Sophie Robert, parachutée de Feurs à Saint-Étienne sur ordre de la patronne du parti Marine Le Pen et qui réussit le double exploit, avec 9,24 % (2560 voix), de diviser par deux le score du FN aux précédentes élections municipales et de ne pas être qualifiée pour le second tour en ne franchissant pas la barre des 10 %. Par conséquent, le RN n’aura aucun conseiller municipal. Les attaques de Sophie Robert dans les tout derniers jours contre le maire sortant l’accusant de complicité avec des courants islamistes, relayées au niveau national par Valeurs Actuelles ou le maire de Béziers Robert Ménard, ne lui ont visiblement pas profité. Au contraire.

Dernier grand perdant, enfin, la star de cette élection, l’ancien attaquant de l’ASSE Patrick Revelli, tête de liste de la République en Marche, qui réalise le – très, très – faible score de 4,72 % (1308 voix). Démonstration, s’il le fallait, que la notoriété ne fait pas tout. Loin de là. On peut par ailleurs tirer une leçon du très faible score de cette liste de la République en Marche qui se réclamait « issue de la société civile », si on l’ajoute à celui, très faible également, de la liste qui se disait « la citoyenne », menée par la candidate LFI Andrée Taurinya, qui a réalisé 3,14 % (871 voix) : le label « citoyen » n’apporte visiblement aucune valeur ajoutée, au contraire. Il semblerait plus efficace et pertinent pour les partis politiques d’assumer leur identité plutôt que de se cacher derrière des labels quelque peu artificiels (lire notre entretien avec Stéphane Cadiou, maître de conférences à l’Université jean Monnet).

Belle performance des écologistes

Avec 12,42 % (3440 voix), le candidat écologiste Olivier Longeon (EELV) réussit la double performance de plus que doubler son score habituel (4,30 % en 2008, 5,40 % en 2014) et de se qualifier pour le second tour en dépassant la barre des 10 %. La dynamique d’opposition est clairement de son côté. Il va devoir cependant faire un choix stratégique s’il veut l’amplifier : soit s’allier avec les partis de gauche de la liste Saint-Étienne Demain, et faire un revirement par rapport à sa stratégie d’autonomisation du PS et de captage de voix du centre droit, qui s’était illustrée par son alliance avec l’ex chef de file locale de la REM Magalie Viallon, soit maintenir sa candidature pour prolonger le bras de fer avec le PS dans le but de devenir à terme le principal parti d’opposition. Au risque d’être accusé de faire élire Gaël Perdriau en maintenant une triangulaire. Il y aura de toute façon un véritable travail programmatique et stratégique à mener par l’opposition de gauche et écologiste si elle veut arriver à exister et à s’imposer face à Gaël Perdriau dans les années qui viennent.

Reste à savoir si le deuxième tour sera maintenu, et, dans le cas contraire, s’il sera reporté de quelques semaines ou annulé, ce qui repousserait les élections à plus long terme. Mais dans chacun de ces cas de figure, il n’est pas évident que les grandes tendances soient modifiées.