Les tableaux ci-dessus ont été spécialement réalisés pour ce blog, à partir des chiffres officiels du ministère de l’Intérieur. L’un présente les résultats, à Saint-Étienne, de toutes les élections nationales et locales depuis 2014. L’autre, les résultats, à Saint-Étienne toujours, des principales élections nationales et locales depuis 2001.

La lecture de ces deux tableaux permet de dégager des tendances autour de trois critères déterminants : le taux d’abstention, le vote RN et le rapport de force droite/gauche.

L’abstention :

Le taux d’abstention aux élections municipales est de façon constante particulièrement élevé, jusqu’à treize points au-dessus du taux d’abstention national moyen : 48 % au premier tour des municipales de 2001 contre 38 % au niveau national, 45,5 % au premier tour des municipales de 2008 contre 38,9 % au niveau national, et le record est atteint au premier tour des dernières élections municipales, en 2014, avec 49 % contre 36 % au niveau national.

Ce constat se vérifie pour tous les scrutins, locaux ou nationaux. L’écart se réduit pour les élections présidentielles, en étant supérieur seulement de 3 ou 4  % au taux national.

Le vote RN (ex FN) :

Le score du Rassemblement national (Front national avant 2018) est constamment plus faible à Saint-Étienne qu’au niveau national, avec parfois des écarts importants, comme aux deux tours de l’élection présidentielle de 2017 : l’écart était de 7 % au premier tour (17,14 % à Saint-Étienne contre 24,08 % dans toute la France) et de 8 % au second tour (25,86 % contre 33,90%).

On constate cependant un tournant en 2002 : la qualification du Front National au second tour de l’élection présidentielle a visiblement marqué les électeurs stéphanois. C’est depuis cette date que son score local est plus faible que son score national. Avant c’était l’inverse, et de façon très marquée.

Au premier tour de l’élection présidentielle de 1988, le FN est arrivé en 2e position dans la ville, avec 19,26 %, alors qu’il était en quatrième position au niveau national, avec 14,39 %. Au premier tour de l’élection présidentielle de 1995, la Loire a été l’un des sept départements français où le FN est arrivé en tête au premier tour, avec 21,8 %, contre 15 % au niveau national; à Saint-Étienne, il est arrivé deuxième avec 22,12 %, derrière Lionel Jospin, à 116 voix près (18 171 contre 18 287). Et comme on le voit sur le tableau des élections depuis 2001, le FN fait près de 4 % de plus à Saint-Étienne qu’au niveau national au premier tour de la présidentielle de 2002, et encore près de 2 % de plus au second tour, quand Jean-Marie Le Pen est face à Jacques Chirac. C’est après 2002 que la décrue s’amorce.

Le rapport de force droite-gauche :

Au regard des couleurs politiques des maires élus depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, il est flagrant que Saint-Étienne est une ville de centre-droit. De 1947 à 1977, elle n’a connu que deux maires, le gaulliste Alexandre de Fraissinette (RPF) et le centriste Michel Durafour (UDF). Il n’y a eu, depuis 1947, que deux parenthèses de gauche : de 1977 à 1983, avec Joseph Sanguedolce (PCF) et de 2008 à 2014 avec Maurice Vincent (PS). Or ce dernier avait très clairement bénéficié de la division de la droite avec le maintien au second tour de deux candidats, Gilles Artigues pour le Modem et Michel Thiollière, maire sortant, pour l’UMP. Si la gauche veut l’emporter, outre compter sur une division de la droite, il semble qu’elle doive réunir deux conditions : partir rassemblée au premier tour afin de créer une dynamique et puiser dans le réservoir des abstentionnistes. À moins que les écologistes, ici comme ailleurs, ne viennent bousculer les habitudes et les arithmétiques électorales…