Si elle met en avant son caractère citoyen et pas « politicien », la liste St-T la Citoyenne menée par Andrée Taurinya (LFI) laisse la part belle au parti de Jean-Luc Mélenchon, la France Insoumise.

Ce n’est pas un programme, c’est un véritable essai qu’ont rédigé les candidats de la liste St-T la citoyenne : pas moins de 58 pages ! Avec sommaire et sans illustration. Ils ont dû sérieusement phosphorer pour l’élaborer. Ce qui en fait le programme le plus intéressant à décortiquer. Et le plus austère. Pas sûr que grand monde le lise, notamment parmi le public qu’il vise.

La contradiction entre les intentions affichées et la réalité est l’une des caractéristiques de cette liste et de son programme. Elle met en avant, jusque dans son nom, son caractère « citoyen », composée de candidats qui ne seraient pas des « professionnels » de la politique. Or parmi les dix premiers noms de la liste, la moitié sont des militants de la France Insoumise. À commencer par la tête de liste, occupée par Andrée Taurinya, ex-candidate aux élections régionales et législatives. De fait, les « citoyens » non encartés seront très bien encadrés.

Contradictions

Contradiction toujours lorsque, d’un côté, les candidats expliquent qu’ils sont contre la personnalisation de cette élection, contre le « règne du monarque municipal », qu’il n’y a « aucune hiérarchie entre les membres de la liste » et que, d’un autre côté, ce sont toujours les mêmes personnes présentes dans les médias pour occuper le magistère de la parole, à commencer par la tête de liste.

Début mars, la liste a connu une première défection « citoyenne ». Carlos de Oliveira, figure locale du mouvement des gilets jaunes, qui se déplace en fauteuil roulant, avait été mis en avant sur les réseaux sociaux ces dernières semaines pour montrer à quel point St-T la Citoyenne était soucieuse de la situation des personnes handicapées et ouverte aux mouvements sociaux.

Patatras… alors qu’une place lui avait été réservée (en 52e position), il a annoncé sur son compte Facebook mardi 3 mars qu’il se désolidarisait de cette liste, pour laquelle il n’appellera pas à voter, évoquant des mensonges, manipulations et pratiques malhonnêtes. « Je n’aime pas qu’on me prenne pour un idiot », résume-t-il sobrement.

Problème de communication

On retrouve ce même écart entre principes et pratiques, en matière de communication. D’une part, les candidats affirment dans leur programme : « Il est important que les citoyens puissent s’informer en toute transparence ». D’autre part, la liste complète et le programme sont introuvables pour qui veut s’informer. Ils ne sont pas sur leur site internet, qui n’est pas du tout mis à jour : on y annonçait, le 6 mars, les réunions des 25 et 28 février…

Sans les grands médias locaux que sont le Progrès, France Bleu et France 3, qui ont relayé leurs propositions et mis en avant leurs porte-paroles, peu d’habitants auraient été informés de leur programme et de leur liste. Des médias que ces candidats critiquent pourtant de façon récurrente et virulente (ils dénoncent sur la page Facebook de leur liste le « mépris des médias traditionnels locaux » à leur égard).

Prévert et le Père Noël

Sur le fond, le programme semble tirer son inspiration à la fois de Jacques Prévert et du Père Noël : l’invraisemblable voisine avec le très sérieux, le tout sans aucune évaluation du coût total et du financement (or il y a des mesures très coûteuses : nombreuses créations de postes et municipalisation de gros services publics locaux).

On découvre par exemple, au fil de la lecture, deux projets de téléphériques : l’un pour relier le centre-ville à Montreynaud et l’autre Montchovet aux Ursules en passant par la Cotonne. On trouve aussi un projet de redéfinition géographique des quartiers, et des conseils de quartiers, en fonction du sentiment « de voisinage commun » des habitants…

Si les candidats de St-T la Citoyenne veulent redessiner entièrement la ville d’une façon qui peut paraître excessive voire improbable, ils semblent beaucoup plus sérieux et convaincants sur les questions de services publics et de solidarité. Le projet de municipaliser les gestions de l’eau, des transports en commun et des parkings marque une volonté politique très affirmée, qui demande des moyens mais qui n’est pas extravagante à mettre en œuvre et pourrait à terme générer des économies.

Crédit municipal

Idem pour les mesures de solidarité, simples et efficaces : création d’un crédit municipal, gratuité de la consommation de base de l’eau pour tous les foyers, doublement des hébergements d’urgence. On peut aussi souligner deux propositions séduisantes qui touchent au cadre de vie : la création de coopératives de construction, inspirées de l’expérience zurichoise, et la reconversion de la Charité en Maison du vivant et Cité de la musique.

Le projet de ST-T la Citoyenne est traversé d’une volonté claire, celle d’associer tous les habitants et d’être à l’écoute de tous les points de vue. Elle tient dans une phrase du programme : « On est plus intelligent à plusieurs, surtout quand se confrontent des regards multiples. » Sur ce point, un doute subsiste toutefois à la lecture des propos publiés sur les réseaux sociaux par des candidats bien placés de cette liste. Leur registre est facilement celui de l’invective et du mépris, voire du sectarisme.

Division à gauche

Surtout – et c’est le plus étonnant – à l’encontre de ceux qui leur sont le plus proche. Ces interpellations souvent méprisantes visent peu ou pas le RN ou le maire LR mais essentiellement la liste St Étienne Demain, menée par Pierrick Courbon (PS), ou celle d’Olivier Longeon (EELV).

Ce constat peut poser deux types d’interrogations : d’une part, la gauche désunie a démontré qu’elle ne pouvait pas gagner la mairie de Saint-Étienne. Quel est donc le but recherché en attisant ainsi les divisions ? D’autre part, s’il est impossible à certains candidats de St-T la Citoyenne de cohabiter avec des personnes aux convictions voisines, qu’en serait-il, s’ils étaient élus, avec cette communauté bien plus vaste et multiple qu’est la ville de Saint-Étienne, et ses plus de 170 000 habitants ?

LES TROIS MESURES LES PLUS MARQUANTES

  • Municipalisation de la gestion de l’eau
  • Municipalisation des transports en commun
  • Obligation pour les élus des conserver leur activité professionnelle

LA MESURE LA PLUS ORIGINALE

  • Coopératives de construction : la ville cède à la coopérative des terrains à des conditions très économiques ; en échange de l’achat de parts sociales dans la coopérative, les habitants en deviennent collectivement propriétaires et assurent sa gestion.

LA MESURE LA PLUS ABRACADABRANTESQUE

  • Création d’un téléphérique entre le quartier Montreynaud et le centre-ville

PRINCIPALES MESURES CLASSÉES PAR GRANDS THÈMES

DÉMOCRATIE LOCALE – STATUT DE L’ÉLU

Les élus devront conserver leur activité professionnelle

Interdiction du cumul de mandat et pas plus de deux mandats consécutifs

Plafonnement des revenus des élus à trois fois le salaire de l’agent le moins bien payé

Instauration d’un référendum d’initiative citoyenne (RIC) demandé par 10% des résidents de plus 16 ans

Instauration d’un référendum révocatoire d’élus, sur la base d’une pétition qui réunirait au moins 5% des résidents de plus 16 ans

Conseils de quartiers remplacés par des conseils citoyens : ceux qui sentent avoir un voisinage en commun se regroupent, se signalent à la mairie, et constituent un conseil de « quartier »

MUNICIPALISATIONS

Municipalisation de la gestion de l’eau

Municipalisation des transports en commun

Municipalisation de la gestion des parkings

SOLIDARITÉ

Gratuité de la consommation de base de l’eau pour tous les foyers

Gratuité des repas scolaires pour les familles en difficulté

Doublement des hébergements d’urgence

Ouverture d’une maison d’accueil pour les jeunes victimes d’homophobie, transphobie et en rupture familiale

Création d’un crédit municipal sans intérêt pour les habitants et les projets associatifs d’intérêt stéphanois

Création d’un poste de référent emploi/formation à plein temps dans chaque quartier pour accompagner les demandeurs d’emplois

ENVIRONNEMENT – CADRE DE VIE

Création de coopératives de construction : la ville cède à la coopérative des terrains à des conditions très économiques ; elle achète éventuellement des parts sociales de la coopérative, afin de pouvoir loger des populations fragiles (chômeurs, immigrés, personnes en situation de handicap, etc.). En échange de l’achat de parts sociales dans la coopérative, les habitants en deviennent collectivement propriétaires et assurent sa gestion. Les loyers qu’ils versent servent à rembourser les emprunts à long terme et à entretenir le patrimoine.

Création de postes de gardiens d’immeubles

Ouverture dans tous les quartiers d’un bureau de police municipale qui assurera en outre des fonctions de mairie annexe (dépôt de dossier, récupération de documents…)

Remodelage des quartiers qui vise à ce que chaque quartier dispose d’un espace constituant son centre. Dans chaque quartier : carrefours transformés en places publiques avec bancs et jeux pour les enfants, et trottoirs élargis et parsemés de mobilier urbain et d’arbres.

Soutien aux coopératives de production en agro écologie, agro-foresterie et permaculture en zone urbaine et péri-urbaine

Création de vergers urbains,

Création de deux établissements à l’Hôpital de la Charité :

– une maison du vivant (jardin pédagogique, arboretum, rucher école, plantes médicinales, permaculture, conseils aux jardins partagés…)

– cité de la musique, avec des studios insonorisés.

Interdiction des produits phytosanitaires

Création de bacs à compost

Ouverture de toilettes publiques dans tous les quartiers

TRANSPORTS

Une amélioration des cadences de bus de l’ordre de 10%

Création d’un téléphérique entre Montreynaud et le centre-ville

Création d’un téléphérique entre Montchovet, La Cotonne et Les Ursules.

Rehaussage des quais de toutes les lignes de bus

Création de pistes cyclables

Création de 1500 arceaux à vélo

Obligation de créer un local à vélo fermé dans les immeubles (neufs et anciens)

Réduction maximale du transit automobile en centre-ville

ÉCOLES

Mise à disposition de personnel et de moyens aux associations de parents d’élèves

Repas scolaires à partir le plus possible de produits locaux et bio

Restriction ou suppression de la circulation devant les écoles aux heures d’entrée et de sortie de classe

Un poste d’ATSEM par classe

Création de lieux relais d’assistance maternelle dans tous les centres sociaux de quartier et/ou dans des Maisons citoyennes.

ÉCONOMIE – COMMERCE

Soutien d’activités présentes à Saint-Etienne : produits de haute technologie médicale, micro-nano technologies, radiation, computer vision, textiles intelligents, logiciels de gestion, forgeage à chaud pour le nucléaire, rubanerie de luxe, machines-outils, systèmes audio haute-fidélité, etc.

Intervention pour éviter tout changement d’activité des commerces : par exemple éviter qu’une boulangerie soit remplacée par un bar, ou un bar par une banque, etc.

Création d’un dispositif d’épargne citoyenne pour financer les projets de créateurs locaux d’activités et l’aide à la reprise en coopérative d’entreprises et commerces.

Création d’une instance consultative de pilotage économique rassemblant organisations patronales et organisations syndicales pour orienter le développement économique du territoire. On est plus intelligent à plusieurs, surtout quand se confrontent des regards multiples.

Soutien de la monnaie locale, le Lien, qui servira à verser une part de ses subventions

CULTURE

Remise à plat des attributions de subventions par un comité associant tous les acteurs et présidé par des universitaires

PERSONNES ÂGÉES

Création de 18 postes d’aides-soignant-e-s pour les Ehpad

Création d’un Ehpad supplémentaire

Système de transport spécifique pour les personnes âgées, gratuit pour es monis favorisées

DIVERS

Fin du jumelage avec Nof Hagalil (ex Nazareth-Illit), « ville qui a été créée de manière illégale par Israël dans une zone que l’ONU avait attribuée aux Palestiniens »