Après Gaël Perdriau (LR), Pierrick Courbon (PS) est le deuxième candidat aux municipales de Saint-Étienne à avoir présenté une liste et un programme complets. Et comme le maire sortant au Centre des Congrès le 6 février, le candidat socialiste a tenu à montrer qu’il y avait foule pour cet événement, lundi 10 février au Forum du Technopole. Tandis que le premier avait annoncé un public de mille personnes, pour une salle qui peut en contenir huit cents au maximum, le second affirme en avoir rassemblé six cents… dans une salle qui peut en contenir au maximum deux cent soixante, comme l’indiquent les sites de location.

Comme le maire sortant, Pierrick Courbon respecte une parfaite parité hommes-femmes parmi ses cinquante-huit colistiers. A laquelle il ajoute une autre parité, tout aussi bien respectée : entre « militants de partis politiques » et « citoyens sans étiquette ». C’est d’ailleurs une « citoyenne sans étiquette » qu’il a choisi de placer en deuxième position de sa liste, Zineb Ouahmane, 55 ans, directrice d’école.

La principale surprise vient de la place qui suit. En effet, en troisième position se trouve le député de la Loire Régis Juanico (Génération.s). Or le 25 mars 2019, il avait souligné, au micro de France Bleu Saint-Étienne Loire, la raison pour laquelle il ne serait pas tête de liste aux municipales de 2020 : « J’aime faire ce que je dis et dire ce que je fais. Ça fait trente ans que je suis dans la vie politique nationale. J’ai annoncé quand j’ai été réélu député que ce serait mon dernier mandat de député. Je ne suis pas conseiller municipal à Saint-Étienne, j’ai aussi d’autres communes dans ma circonscription. Je dois à mes électeurs de terminer mon mandat de député, donc je ne vais pas briguer d’autres mandats. » Dix mois plus tard, en parfaite contradiction avec sa déclaration, le voici donc qui brigue bel et bien un autre mandat sur la liste menée par Pierrick Courbon. Et pas en dernière position, mais en troisième.

On peut esquisser deux explications possibles – et non exclusives – à un tel retournement de veston. La première est qu’il a voulu apporter sa notoriété et sa stature en soutien à Pierrick Courbon devant le constat que ce dernier menait une campagne difficile, face d’une part, à un maire sortant grand favori et d’autre part, aux abandons successifs du candidat EELV Olivier Longeon, qui tente sa chance en solitaire, et de l’une de ses alliées les plus impliquées dans le début de campagne, Narjesse Forestier, ex porte-parole de Génération.s, partie soutenir Gaël Perdriau.

La deuxième explication serait qu’il a décidé de poser ses pions pour le « coup d’après », en homme d’appareil qu’il est, habitué des tactiques électorales (Régis Juanico a été un cadre du PS pendant un quart de siècle, notamment comme président du Mouvement des Jeunes Socialistes – « l’école du vice », selon François Mitterrand qui s’y connaissait – et comme trésorier du parti). Il pourrait en effet tabler sur l’échec – prévisible pour l’instant – de son poulain et viser les municipales de 2026, quand il aura quitté son mandat de député (passant alors un pacte avec Pierrick Courbon: « à toi mon fauteuil de député, à moi la mairie »). Or il est plus habituel et confortable de se présenter à des municipales quand on est conseiller municipal sortant.

Le seul député Génération.s de l’Assemblée nationale n’en est cependant pas à une contradiction près. Benoît Hamon, son fidèle ami de trente ans, ex-patron de Génération.s aujourd’hui en distance avec la politique, avait déclaré au micro de RTL pendant les élections européennes, en ce même mois de mars 2019 qui voyait Régis Juanico encourager le socialiste Pierrick Coubon pour la mairie de Saint-Étienne : « J’essaie d’être honnête en politique, et aujourd’hui je pense qu’une voix en faveur d’une liste socialiste est une voix perdue pour la gauche ». Comme Régis Juanico, de nombreux autres candidats de Génération.s aux municipales prennent le contre-pied de leur mentor et s’associent à des listes socialistes (à Paris notamment). Au risque que ce mouvement qui voulait représenter l’alternative de gauche au Parti socialiste soit en passe d’en devenir l’appendice.

Luc Chatel